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Conception participative

Voici trois expérimentations pédagogiques autour de la notion de « participation » :

Alphaville

Il n'est pas toujours évident de donner un « sens » aux exercices que l'on propose aux étudiants lorsqu'il s'agit d'apprendre la modélisation 3D, à part celui pas nécessairement très motivant, de faire « pour du beurre ». Je voudrais ici présenter une expérience d'apprentissage de la 3D et de la modélisation qui, je crois, est assez originale et qui, notamment, met en avant la possibilité de travailler collectivement et de retrouver, dans cet exercice au moins, le « sens du jeu ». Il se trouve que j'ai eu la chance de participer en 2009 à l'excellent mais regretté festival « Make Art ». Le festival s'est tenu pendant quelques années dans les locaux de la Maison de l'architecture de Poitiers, et c'est donc tout naturellement que les organisateurs m'avait proposé, en tant qu' « architecte libriste » de participer à l'une de ses occurrences. C'est à l'occasion du workshop « Fork a House » que j'ai initié dans le cadre de la découverte du logiciel Blender une méthodologie très simple pour faire travailler les participants autour de la « même table » : offrir à chacun d'entre eux un « lopin de terre numérique », un simple polygone carré qui viendra se juxtaposer aux autres afin de constituer une « ville ». Le résultat de cette première tentative ressemblait plutôt, je dois le dire, à une gigantesque fête foraine, mais cela ne gâchait en rien le plaisir du jeu...

Quelques années plus tard, et dans un tout autre contexte, j'ai proposé de reprendre à nouveau ce principe du lopin de terre virtuel dans le cadre d'une expérience pédagogique de découverte du dessin numérique pour le licence 2 de l'école d'architecture de La Villette. Contrairement à la précédente tentative de modéliser collectivement une sorte de « ville invisible », où j'assemblais « à la main » les différentes parcelles, j'ai dû développer un petit plugin pour automatiser la tâche, car il s'agissait rien de moins que d'assembler la parcelle de chacun des étudiants de l'ensemble de la promotion, c'est-à-dire près de 120 parcelles. Le « jeu » prit alors le nom d' « Alphaville » (( j'hésitais un temps à l'appeler de son vrai nom : « Betaville », en référence au fameux mode « beta » si cher à Google )) et les premiers résultats furent plutôt encourageants.... mais aussi plutôt éprouvants : car il s'agissait chaque semaine de faire découvrir les fondamentaux de la modélisation polygonale, en moins d'une heure, et avec un logiciel pour le moins exigeant. Cette expérience me fit prendre conscience que le principe initial d'un simple jeu, pouvait devenir dans un cadre plus adapté, une véritable proposition d'apprentissage de la modélisation et d'un certain « savoir-vivre architectural » : celui de prendre un tant soit peu en considération l'espace existant au-delà de sa petite parcelle solitaire...

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J'ai utilisé Alphaville dans un cadre un peu plus adapté, sur un semestre entier, avec les étudiants de licence 3, toujours à La Villette. Il s'agissait d'un cours entièrement consacré à l'apprentissage de la « 3D » (pas du BIM), et vers le milieu du semestre, après la découverte des notions essentielles de modélisation à travers la construction d'objets simples tels que la chaise de Rietveld, j'ai proposé à deux reprises de construire Alphaville. Les deux tentatives n'ont pas donné exactement les mêmes résultats, mais l'une d'elle fut tout de même assez satisfaisante, car un certain nombre d'étudiants ont réussi à se prêter au jeu des « règles urbaines », malgré les difficultés supplémentaires que cela ajoutait à l'exercice. Et puis, vers la fin du semestre, grâce à quelques étudiants motivés, nous avons pu mettre en place un véritable petit studio d'animation temporaire dans lequel chacun s'occupait d'une tâche bien particulière : modèles, textures, animations, caméras, etc. Un cran supplémentaire dans le travail collectif.

Cyberflâneur

Cette deuxième expérience « participative » concerne une technologie d'« avant-garde » : Git.

L'expérience fut menée dans le cadre du cours optionnel de master « Éléments d'architecture numérique » à l'école d'architecture Val-de-Seine en 2017. Le cours se voulait un lieu de découverte des éléments qui « fondent » l'architecture numérique. Le premier élément que nous avons tenté de découvrir, et non des moindres, est l'espace numérique lui-même, dans l' « incarnation » que nous lui connaissons aujourd'hui, le cyberespace. Comme point de départ de notre réflexion, j'ai proposé aux étudiants le texte d'un essayiste du cyberespace influent — Evgeny Morozov — un essai particulièrement intéressant pour nous puisqu'il nous parle du baron Haussmann, de Baudelaire, et de la mort du cyberflâneur. Le cours cette année-là fut l'occasion de découvrir quelques idées fondatrices d'une philosophie numérique de l'architecture et dans le même temps de s'initier à une technologie très importante dans le monde « collaboratif », une technologie très prometteuse pour le futur de la conception architecturale puisqu'elle concerne le temps de la conception.

Hyperliens

La troisième expérience de conception participative que je propose de décrire ici s'est déroulée en plein confinement, dans le contexte de crise sanitaire que nous connaissons actuellement, et avec l'impossibilité donc de faire autrement que, « à distance ». Cela fut une « mise à l'épreuve » toutefois intéressante dans la tentative d'organiser un groupe de travail dans des conditions très proches des pratiques qui ont lieu dans le « monde réel ». Avec les étudiants du master DNA de l'ENSA Nancy, nous avons mis en place, dans les conditions du « distanciel », une série de groupes représentant autant de corps de métiers spécifiques, ou disons, de « lots » : espaces extérieurs, structures, circulation, enveloppes, etc. Cela reflétait donc « concrètement » l'organisation du travail telle qu'elle a lieu entre bureaux d'études, architectes, paysagistes... Par manque de temps nous n'avons pas eu l'opportunité de pousser l'expérience jusqu'à la mise en place d'une maquette centralisée sur une plateforme telle que bimdata.io, mais nous sommes restés, « plus modestement » sur le principe d'échange « manuel » de fichiers (BIM Niveau 2), malgré tout dans une sorte de « temps réel asynchrone », celui de la durée hebdomadaire du cours, avec la découverte de toute une série d'instruments et de plateformes de « plus bas niveau » tels que : des pads pour échanger, des tableurs en ligne pour organiser la hiérarchie des éléments de la maquette, etc.

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